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CHRISTOPHE BARTHÈS ET JEANNE D’ARC : HOMMAGE RÉPUBLICAIN OU CLIN D’ŒIL AU FN ? À Carcassonne, une cérémonie peut parfois devenir un marqueur politique. Derrière l’hommage officiel rendu à Jeanne d’Arc, annoncé pour ce dimanche 10 mai sur le parvis de la cathédrale Saint-Michel, c’est une autre bataille qui semble désormais se jouer : celle des symboles, de leur interprétation et de leur utilisation dans le débat public local. Le 4 mai dernier, la Ville de Carcassonne publiait sur sa page Facebook un message solennel invitant les habitants à participer à la “Fête nationale de Jeanne d’Arc et du patriotisme”. Un rendez-vous présenté comme un moment “de mémoire et d’unité”, en présence d’élus, d’associations d’anciens combattants, de porte-drapeaux, de l’Harmonie municipale et des Chœurs de Carcassonne. Sur le papier, rien d’illégal ni même d’inhabituel. Jeanne d’Arc fait officiellement partie des figures célébrées par la République française depuis une loi de 1920. Chaque deuxième dimanche de mai, une fête nationale lui rend hommage. Mais à Carcassonne, le contexte politique donne à cette initiative une résonance particulière. Car depuis l’arrivée à la mairie de Christophe Barthès et de la majorité Rassemblement National, chaque geste symbolique semble observé à la loupe. Et cette cérémonie n’échappe pas à la règle. Dans une missive sans équivoque, le colonel Jacques Février, figure respectée du monde combattant local, a clairement pris ses distances avec l’événement. “Malgré toute la haute considération que je porte à Jeanne d’Arc, elle n’est pas la sainte patronne des anciens combattants”, écrit-il. Avant de préciser que le Comité d’Entente, les associations d’anciens combattants et leurs emblèmes ne participeront pas à cette commémoration. Le message est sobre. Mais politiquement fort. D’autant plus qu’il soulève une autre question : celle de la multiplication des cérémonies mémorielles. “Si on veut réduire à bon escient un certain nombre de cérémonies — 162 pour 2025 — en créer d’autres ne me semble pas opportun”, ajoute-t-il. Autrement dit : pourquoi ajouter un rendez-vous supplémentaire dans un calendrier déjà chargé ? Et surtout, pourquoi celui-ci ? Sur les réseaux sociaux, les réactions n’ont pas tardé. Fidèle à son ton ironique, l’ancien député-maire de Carcassonne, Jean-Claude Perez, s’est lui aussi emparé du sujet. “Enfin ! Jeanne d’Arc est de retour sur le parvis de la cathédrale…”, écrit-il avec sarcasme, moquant une mise en scène qu’il juge excessive. Mais c’est surtout sa seconde publication qui a marqué les esprits. “Jeanne d’Arc a chassé les Anglais du territoire français. Nous Carcassonnais, en 2026, nous voulons davantage d’anglais”, écrit-il, faisant référence aux enjeux touristiques et économiques liés notamment à l’aéroport et aux visiteurs britanniques. Puis cette phrase, volontairement provocatrice : “La municipalité en honorant Jeanne, veut chasser l’anglais ou le bougnoul ?” Une formulation brutale, qui illustre le niveau de tension politique et idéologique que peut désormais provoquer un simple événement commémoratif. Dans les commentaires, plusieurs habitants s’interrogent aussi sur la stratégie de communication de la municipalité. Le message de Pascalouh du Pouétou résume un sentiment partagé par une partie des internautes : “Les Carcassonnais ont d’autres préoccupations concrètes que de voir ériger le déplacement d’une statue en événement.” Car derrière cette polémique se cache également la question du déplacement de la statue de Jeanne d’Arc et de sa remise en scène médiatique. Pour certains, il s’agit d’un hommage patrimonial. Pour d’autres, d’un marqueur identitaire assumé. Il faut dire que l’histoire politique de Jeanne d’Arc en France reste particulière. Longtemps figure nationale consensuelle, elle fut aussi récupérée pendant des décennies par le Front National de Jean-Marie Le Pen, qui faisait du 1er-Mai une démonstration militante autour de la pucelle d’Orléans. Aujourd’hui, le Rassemblement National cherche au contraire à lisser son image, à apparaître plus institutionnel, plus gestionnaire, plus républicain. Dans ce contexte, remettre fortement en avant cette figure historique n’est jamais totalement neutre politiquement. Alors, Christophe Barthès cherche-t-il simplement à célébrer une tradition nationale oubliée ? Ou assume-t-il, volontairement ou non, un retour à une symbolique plus identitaire héritée de l’ancien Front National de Jean Marie Lepen ? La réponse appartient sans doute autant aux intentions du maire qu’au regard de ceux qui observent cette séquence. Une chose est sûre : à Carcassonne, la bataille politique ne se joue plus seulement sur les budgets, la sécurité ou les projets urbains. Elle se joue aussi sur les statues, les cérémonies et les symboles. Et parfois, derrière une simple commémoration, c’est toute une vision de la République qui ressurgit. ____________________________________________________ Ludovic BEUZERON, journaliste indépendant. 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